samedi 16 avril 2016

Réponse au président de la Fédération des établissements d'enseignement privés


Monsieur St-Jacques,

j’ai lu avec intérêt votre discours en réponse au message véhiculé par la publicité de la FAE. Quelle ironie de lire un texte aussi manipulateur que le vôtre ! La propagande dénoncée s’apparente étrangement à celle que vous proposez. Je crois qu’une certaine objectivité s’impose afin de mettre en perspective les véritables enjeux de ce débat.


D’abord, selon une étude du ministère de l’Éducation, le financement des écoles privées au Québec représente en réalité 75 % des coûts. Vous affirmez que l’école privée appartient à sa communauté. Je vous répondrai qu’elle appartient en grande majorité au peuple québécois.

Ensuite, vous dites que « … l’école privée affiche des taux de réussite très élevés, et ce, même si elle accueille des élèves au profil de plus en plus varié. En effet, plusieurs écoles privées ont adopté des mesures et des programmes particuliers afin d’amener à la réussite des élèves ayant des défis particuliers. »

Auriez-vous l’amabilité de chiffrer ces informations et de dresser un portrait de la situation par région ? Dans cette optique, je souhaiterais quelques réponses aux questions suivantes :
  1. Quel est le pourcentage des écoles privées qui ne sélectionnent pas leurs élèves ?
  2. Quel est le ratio entre le nombre de demandes d’admission et le nombre d’élèves admis ?
  3. Quel est le nombre d’établissements offrant des programmes particuliers pour les élèves ayant des défis particuliers ? (en passant, qu’est-ce qu’un défi particulier ?)
  4. Quel est le nombre de professionnels affectés à ces mesures et à ces programmes ?


Vous savez quoi M. St-Jacques ? J’en ai marre de constater le gaspillage des ressources humaines et financières dans le but d’alimenter ce débat enfantin opposant l’école privée à l’école publique. J’en ai marre de voir un syndicat utiliser les cotisations de ses membres à des fins publicitaires. J’en ai marre que cette concurrence publique-privée entraîne une dilapidation éhontée des fonds publics.


J’ai déjà mal au cœur lorsque je pense à l’automne prochain. Lors de cette période de grande frénésie mercantile en éducation, nous serons encore témoins des  manœuvres des écoles publiques et des écoles privées afin d’attirer les clients potentiels : portes ouvertes, pubs télé, pubs radio, pubs dans les journaux, etc. Le payeur de taxes est endoctriné et il ne se pose pas de questions. La concurrence est synonyme de qualité. Bref, il est tristement acceptable de dépenser pour la vente de son produit.


Il y a des coupes en éducation et il faut les dénoncer ? Fort bien. Attaquer l’école privée est-elle la meilleure façon de le faire ? Je ne crois pas. Ce qu’il faut, c’est le désir commun de construire le meilleur système d’éducation non pas pour le bien de son enfant, mais celui de tous les enfants.


Selon le rapport d’un comité d’experts (2014), « les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique, bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe


Favoriser l’hétérogénéité des classes et des établissements scolaires apparaît donc comme un moyen peu coûteux d’améliorer l’efficience d’un système scolaire, alors que la pratique du placement sélectif des élèves dans des classes ou des écoles différentes sur la base de leurs résultats scolaires, résultats qui sont intimement liés à leur origine sociale, entraîne des coûts supplémentaires dus à la concentration d’élèves à risque dans les mêmes groupes.


Selon plusieurs recherches rigoureuses menées à travers le monde, le placement sélectif des élèves sur la base de leurs résultats scolaires et de la capacité de leurs parents de choisir une école ou une classe plutôt qu’une autre est à la fois inéquitable et inefficace, car il entraîne systématiquement une diminution substantielle dans les taux de réussite scolaire de l’ensemble des élèves et contribue à maintenir les inégalités sociales.


Il faut également souligner que dans un système fortement normé comme le Québec, l’effet positif de la compétition entre les écoles sur la performance de l’ensemble des élèves n’est pas démontré. »


La question fondamentale demeure la suivante : comment permettre la mission collective de notre système d'éducation ? À ce propos, il semble que l'existence d'un système à deux vitesses et la marchandisation de l'éducation causent beaucoup trop de tort à nos élèves vulnérables. 

En terminant, monsieur St-Jacques, j’aimerais simplement vous rappeler que nous ne sommes pas dans l'obligation, au nom de la justice sociale, de financer les écoles privées. Nos voisins ontariens l’ont compris, tout comme les Finlandais … Et il s’agit, dans les deux cas, de systèmes d’éducation extrêmement performants.

 

 

mercredi 30 mars 2016

Exil des profs en Ontario (JDQ) : réponse à Joe Bleau, à Ti-Joe Connaissant et aux autres ...

L'article intitulé 2900 profs formés au Québec exilés en Ontario du Journal de Québec a fait couler beaucoup d'encre la semaine dernière. Cette nouvelle plutôt banale a provoqué une avalanche d'avis insignifiants. Les opinions diversifiées des "experts" de l'éducation ont démontré encore une fois les connaissances limitées de plusieurs individus.


Le plus dommage dans toute cette histoire, c'est que certains opportunistes profitent de l’occasion dans le but de faire avancer leur point de vue à l’aide d’hypothèses douteuses. Pour reprendre une expression québécoise de circonstance : on tire la couverte de son bord. Est-il possible de lire ou d'entendre des commentaires objectifs ? Sommes-nous en droit d’exiger un peu de rigueur ?


D'abord, soulignons que les chiffres mentionnés dans l'article méritent un brin d’analyse. Les statistiques s'étirent sur une période de 17 ans. Lors de ces 17 dernières années, 1489 profs ont quitté le Québec pour la province voisine. En gros, il s'agit d'une moyenne d'environ 88 profs/année. Est-ce si extraordinaire ? À partir de ces chiffres, certaines questions se posent dans le but de relativiser ce phénomène :
  1. Quel est le nombre total de finissants en enseignement au Québec depuis 1998 ?
  2. Quel est le nombre d'enseignants en exil au primaire par rapport à ceux du secondaire ?
  3. À la lumière de ces nouvelles données, quel est donc le % réel des départs au primaire et au secondaire ?
  4. Quel est le % d'exil des différents diplômés de notre société ?
Ensuite, il est souhaitable de relire cet article et de le mettre en parallèle avec un document fort intéressant : observations et prévisions des effectifs scolaires au Québec. Par une coïncidence miraculeuse, les départs vers la province voisine suivent le déclin de la clientèle des années 2000. Vous savez quoi ? Le nombre d'enseignants est proportionnel au nombre d'élèves.


Autre fait intéressant, le taux de natalité a fortement augmenté en 2006 lors de l’avènement du RQAP. D’ailleurs, ce boom de la natalité se répercute sur les courbes d’effectifs au primaire. Ainsi, il y a fort à parier que les enseignants qui quittent depuis le début des années 2010 proviennent majoritairement du secondaire. Vous savez quoi ? Vous avez moins de chance de travailler à temps plein s'il y a moins d'élèves.


Votre baccalauréat est terminé ? Vous cherchez du travail ? Bien que les francophones soient minoritaires en Ontario, il existe dans la province 422 écoles de langue française. Bref, la faim justifie les moyens. La grande majorité de ces enseignants quittent le Québec pour une simple et bonne raison : travailler.


Par le plus grand des hasards, je serai en visite à l’école Gisèle-Lalonde à Ottawa la semaine prochaine. Il s’agira de ma seconde visite d’un établissement ontarien en moins d’un an. Il est toujours intéressant de sortir de chez soi dans l’optique de découvrir ce qui se passe ailleurs.


J’imagine que je pourrai sûrement avoir de belles discussions avec des collègues québécois en exil. Nous pourrons alors philosopher sur quelques statistiques qui devraient nous pousser à revoir une partie de notre système d’éducation :
  • 100 % des écoles privées ne sont pas financées en Ontario ;
  • 95 % des élèves fréquentent les écoles publiques ;
  • l’écart entre les taux de diplomation des deux provinces est d'environ 10 %.
Enfin, il y a une statistique qu’on entend régulièrement au Québec : au moins 20 % des enseignants quittent la profession dans les cinq premières années. Il est toujours triste de constater le drame individuel, économique et social d’un diplômé qui, à la suite d’un baccalauréat de quatre ans, réoriente sa carrière. Au fait, j’ai une colle pour vous … 20 % d’abandon, ça représente combien d’exilés permanents ?


 

samedi 12 mars 2016

Lettre à mon énième ministre de l'Éducation

Un article que j'ai écrit se retrouve dans la section Points de vue du journal le Soleil (web 11 mars et papier 12 mars) et dans la section Débats de La Presse + (édition du 14 mars)


Lettre à mon énième ministre de l'Éducation


Pour ceux qui veulent en savoir davantage, je vous laisse les liens des sources citées dans mon texte :



Bonne lecture, bonne réflexion et bonne discussion ...


samedi 5 mars 2016

Éducation : les confidences de François Pignon

Est-ce que mon nom vous rappelle quelque chose ? Je suis le «con» de Pierre Brochant. Celui qu’il voulait inviter à son fameux dîner. À la suite de ses excuses, Pierre et moi sommes devenus des bons copains. À titre d’exemple, lorsque j’ai perdu mon emploi au ministère des Finances, c’est lui qui m’a suggéré de déménager au Québec. Il m’a affirmé que le système d’éducation constituerait une formidable famille d’accueil. Qu’il me voyait très bien y enseigner. Que les enseignants n’étaient pas considérés comme des abrutis là-bas. Et il avait raison.

D’abord, soulignons que le Premier ministre est un véritable père spirituel. À preuve, son message aux enseignants dans le cadre de la campagne de valorisation Prof, ma fierté ! de 2014 était phénoménal. Quand il déclare que « le grand projet du Québec, c’est bien plus que des routes et du béton… Le grand projet du Québec, c’est l’éducation », j’ai la chair de poule. C’est bien simple, je ne regarde plus les matchs de foot. J’écoute plutôt cette capsule de motivation en boucle. Je me suis même surpris à chanter Aaallez l’PM, Aaallez l’PM !

Ensuite, les gens du ministère de l’Éducation sont extra. Ils ont de l’imagination et une approche rigoureusement scientifique. C’est probablement pourquoi les ministres se succèdent à un rythme effarant. Ce n’est jamais très intéressant de s’occuper à regarder les autres travailler efficacement.

De plus, ils subventionnent les écoles privées afin de créer une saine concurrence. Plusieurs chroniqueurs, des sommités en matière d’éducation, écrivent d’excellents articles à ce sujet. Grâce à cette vision, c’est toute la marchandisation de l’école qui s’est fortement implantée. Il y a même un palmarès des écoles afin d’entretenir ce dogme. Je constate que ça fonctionne très bien. Les élèves les plus forts réussissent mieux et les plus faibles moins bien. Les Ontariens, les Belges du coin, ne financent pas leurs écoles privées. C’est vous dire comme on est plus brillant ici.

Également, inutile de vous rappeler que je suis syndiqué. Mon syndicat, c’est un peu comme Pierre, un vrai grand frère. Il prend soin de moi. Il s’assure que je ne change pas trop. Cet automne, il m’a convaincu de faire la grève pour le bien de mon école. Quatre jours de plaisir. On révolutionne le système quoi !

Enfin, il y a « Sasseur » à mon syndicat : ma commission scolaire. Pour elle aussi, l’élève est au centre des priorités. Tellement qu’elle n’a même pas défendu ses budgets lorsque la vague d’austérité est passée. Une grande sœur peu courageuse, me direz-vous, mais très perspicace. À ce propos, elle m’a annoncé que j’allais reprendre trois jours d’école perdus. Je vous cite un noble extrait du communiqué : « Nous souhaitons ainsi assurer le maximum de temps d’apprentissage de qualité pour l’ensemble de nos élèves, particulièrement ceux à risque et en difficulté d’apprentissage.» Ce n’est pas beau ça ?

C’est probablement pour cette raison que je jouis d’une grande autonomie. Ainsi, personne ne m’oblige à me former. Je peux également utiliser les approches de l’enseignement qui font mon affaire. Sciences, pseudosciences ou légendes pédagogiques… Qui s’en soucie ? De toute façon, avec l’extraordinaire formation que j’ai reçue à l’université, je suis compétent pour les 35 prochaines années.

Un collègue me faisait remarquer que j’avais le bonheur facile. Il m’a dit: « François, j’ai percé ton mystère. Pour être heureux dans la vie, l’important, c’est de se croire. » Ce qu’il peut être con celui-là ! Comment être malheureux lorsque votre famille a une vision aussi  « Juste » du bien commun ?

En terminant, je vous dirais que je ne suis tout de même pas naïf. Depuis ma mésaventure avec Pierre, j’ai changé. Si mes amis du système m’invitent un jour à dîner afin de discuter d’éducation, je serai un tantinet méfiant. J’apporterai avec moi un élève d’une classe régulière de l’école publique.




samedi 27 février 2016

En vert et contre tous dans le but d'aider les amis dans le rouge ?

C'est la semaine de relâche ! J'ai décidé d'en profiter et de m'offrir une petite pause. Bref, j'oublie l'éducation pour un instant. Ma formation de biologiste me pousse à m'intéresser au dossier Anticosti... J'ai donc décidé de me faire plaisir.

En vert et contre tous dans le but d'aider les amis dans le rouge ?

Vert, la couleur de l’espoir. La couleur des amants de la nature. La couleur des grandes valeurs environnementales. Je rêve ou quoi ? Avons-nous un nouveau gouvernement libéral au pouvoir ? Est-ce que la participation du Québec à la COP21 a généré l’illumination divine chez le Premier ministre ? À écouter le petit ange qui souffle un vent d’espoir à mon cerveau, c’est peut-être possible…

Néanmoins, il y a aussi un diablotin qui ne cesse de tourmenter ma conscience. Et si ce n’était que de la poudre aux yeux ? Vraisemblablement, la commission Charbonneau nous a appris à nous méfier du pouvoir politique. Parfois, j’aimerais bien être un journaliste à l’émission Enquête.
Avec le prix du baril de pétrole en chute libre, il est facile de comprendre que l’exploitation d’Anticosti n’est guère intéressante en ce moment. Dès lors, plusieurs questions surgissent de mon imaginaire. Qui sont les véritables propriétaires des droits ? Je ne parle pas ici des compagnies, mais bien des actionnaires. Sont-ils des amis du parti ? Ont-ils besoin de liquidité en ces temps difficiles ? Veulent-ils faire un coup d’argent ? Combien coûtera le bris du contrat ? S’il s’agit d’une somme considérable, à qui donc profiteront ces dollars ?
Pour le moment, le Premier ministre passe honorablement pour un ardent défenseur de l’environnement. Par le fait même, son discours entraîne la baisse de la valeur de certaines actions. C’est le temps d’acheter mes amis ! Les marchés financiers finiront bien par se redresser et il sera possible de récolter la manne. En attendant, le bonus du bris de contrat fera patienter et sourire tous les copains.
Ce gouvernement libéral a toujours souhaité l’exploitation des hydrocarbures. Et si le vert était la couleur de la chance qui frappe ces satanés investisseurs ? Je crois que mon petit diable amoureux de la couleur de l’enfer a probablement raison. Cette récente conversion ressemble étrangement à une vilaine mascarade dans le but d’aider les amis amateurs de rouge.
Si l’avenir donne raison au côté obscur de la force, je crois que je deviendrai rouge de colère ou vert malade. Peu importe,  j’aurai certainement une petite pensée pour mon ange candide. Je me dirai qu’encore une fois, je rêvais en couleur d’espérer qu’un politicien puisse se tenir debout par simple conviction.


mardi 9 février 2016

Le plus gros mensonge de l'école québécoise (JDM et JDQ) : réponse à Mario Asselin

J’aime lire Mario Asselin. Pour l’enseignant que je suis, ses articles sont souvent intéressants et bien documentés. C’est pourquoi son texte intitulé Le plus gros mensonge de l’école québécoise m’a franchement déçu. En décembre dernier, j’avais des choses à dire à propos de sa révélation, mais j’étais occupé à écrire sur l’intégration des enfants immigrants (publication du 19 décembre).

Pourquoi prendre le temps de répondre aujourd’hui ?  C’est que monsieur Asselin a fait un classement de ses publications les plus populaires de 2015 et cet article arrive au premier rang. Bref, il mérite encore une réponse !

D’emblée, il faut reconnaître que le titre est un brin prétentieux. Déclarer aux lecteurs d’un journal que « … le principal mensonge du réseau scolaire au Québec : tous apprendre à la même vitesse dans une classe, c’est bien mieux ! » sous-entend que nous détenons la vérité.

En lisant ce texte, ça m’a rappelé mon enfance. Vous savez, je suis de l’époque où les parents fréquentaient l’église le dimanche matin. Je me souviens très bien du déroulement de la célébration. Il y avait toujours un moment où le curé nous entretenait de divers sujets. Mes parents appelaient ça le sermon. C’est exactement ce que nous sert M. Asselin : un texte moralisateur.

D’ailleurs, je me suis surpris à l’imaginer apparaître en soutane au micro. À écouter cette grande vérité qui est la sienne. Je l’entends déjà dire : « Mes chers paroissiens, nous vivons dans le péché… Le mensonge est parmi nous. L’école est un lieu de perdition pour nos petites brebis ». L’air penaud devant tant de révélations criantes de vérité, je le confesse : « Excusez-moi, j’ai péché. J’enseigne dans une école publique. Je suis un menteur. »

Tout comme le curé attirait les foules avec ses histoires de peur, monsieur Asselin attire aussi  un grand nombre de lecteurs avec son titre qui punch. A-t-il raison pour autant ? Est-ce vraiment le véritable enjeu de l’école québécoise ? Un peu comme le curé de mon enfance, je me dis qu’il est légèrement dépassé par les événements. Qu’il devrait peut-être se promener dans sa paroisse afin de découvrir ce qui se passe sur le terrain.

Une partie de l’explication qui sous-tend cette démonstration douteuse est associée à un philosophe allemand. La référence, s’il en est une, invoque deux motifs pour « révolutionner l’école ». Voici ce que j’en pense :
  1. À propos du premier argument, mon père aurait pu lire la même chose en 1960. C’était vrai hier et ça l’est encore aujourd’hui. De plus, lorsqu’on parle d’intelligence relationnelle, il est possible d’associer cela à l’une des trois missions de l’école : la socialisation. Il est souvent question de qualification au Québec. Rarement discute-t-on  d’instruire et de socialiser. Pourtant, ces deux axes sont aussi importants, sinon plus que la simple qualification.
     
  2. À propos du second argument, force est de constater qu’il est vrai. Le monopole de la connaissance appartient maintenant au monde virtuel. Un peu comme à l’époque où la connaissance appartenait à l’église !  D’où l’importance accrue de l’école d’aujourd’hui. C’est une chose d’accumuler des connaissances. Encore faut-il apprendre à apprendre. Encore faut-il diversifier et évaluer ses sources. Encore faut-il comprendre et être capable de transférer ses connaissances. L’école a toujours le devoir de former des citoyens éclairés et capables d’exercer un jugement critique.
Enfin, monsieur Asselin semble oublier que l’école n’a jamais été aussi homogène. Le Québec est le champion canadien de la fréquentation de l’école privée. Que pour concurrencer l’école privée, l’école publique a fait le choix de la diversification. Que les élèves qui fréquentent ces programmes sont souvent triés en fonction des résultats et des revenus. Il est alors facile de répliquer que les enseignants de ce type de clientèle ont très peu de différenciation à faire.

Il reste donc les grands oubliés du système d’éducation du Québec. Ceux que l’on néglige depuis une quinzaine d’années. Les élèves des classes dites régulières de l’école publique. Avec un peu de lecture, nous sommes rapidement en mesure d’identifier plusieurs mensonges beaucoup plus importants que celui de la vitesse d’apprentissage dans une classe. Vous voulez vraiment le plus gros mensonge ? Faire croire au peuple que l’éducation est importante au Québec.

Afin de corriger la situation, il est impératif de créer un projet de société qui ne soit ni politique, ni patronal, ni syndical, seulement original, intelligent et plein de gros bon sens. Selon la Bible, la foi transporte les montagnes… Je vous jure qu’il en faudra de la foi, monsieur le curé, si je veux assister à ce miracle.

mardi 2 février 2016

Réponse à Michel Kelly-Gagnon (JDM) : L'école privée profite à tous les élèves québécois.


D'emblée, je dois dire que j'aime bien lire les publications de l'Institut économique de Montréal (IEDM). Non pas que je partage l'idéologie des principaux acteurs, mais parce que les opinions diverses permettent de prendre le temps de réfléchir.

Par contre, je dois avouer que l’article douteux L’école privée profite à TOUS les élèves québécois m'indispose. Pourquoi ? Parce que son auteur signe ce texte à titre personnel. Et alors, me direz-vous ? En tant que citoyen, monsieur Kelly-Gagnon a tout de même bien le droit de choisir l'argumentation qui fait son affaire. À sélectionner des extraits appuyant ses convictions. Vous avez raison. Quel est donc le problème ?

C’est que l’en-tête de l’article affiche le gros titre bien visible Blogue de l'Institut économique de Montréal. À partir du moment où un journal vous offre une tribune, vous avez le devoir moral de faire preuve d’un minimum de rigueur. Question d'ajouter un peu de crédibilité à ses propos et de convaincre son lectorat, le président et directeur général de l’IEDM utilise à fort mauvais escient l’espace médiatique que le Journal de Montréal veut bien accorder à son institut. Les lecteurs carburent aux grands titres. Utiliser la marque de commerce de l’IEDM afin de diffuser votre propagande personnelle relève d’une malhonnêteté intellectuelle crasse.

Je crois qu’une minorité de lecteurs pousseront davantage la réflexion et la recherche quant au texte de M. Kelly-Gagnon. De ce fait, ce genre de publication fait un ravage considérable auprès de l’opinion publique.

Imaginez un instant que je suis le président et directeur général de l’Institut scientifique national d'éducation publique. En utilisant la même technique que M. Kelly-Gagnon, je pourrais donc répliquer de la sorte à son article :

L’école privée NE profite PAS à tous les élèves québécois

D’abord, soulignons que l'une de vos références, Francis Vailles (La Presse, 2015), soulève quelques nuances importantes quant aux conclusions du professeur Lefebvre :
Cela dit, l'étude ne mesure pas à proprement parler l'effet sur les résultats de la sélection des élèves dans certaines écoles. De plus, la forte croissance du privé au secondaire ces dernières années au Québec devrait avoir un impact sur les résultats moyens des élèves, ce que l'étude ne capte pas.

Enfin, on ne sait pas jusqu'à quel point la composition de plus en plus difficile des classes du public tire les résultats vers le bas et contrebalance négativement les effets du privé.
À cet égard, un comité d'experts concluait, en juin 2014, que la ségrégation des élèves en fonction de leurs aptitudes ou de leurs origines socioéconomiques est nuisible.
« De nombreux chercheurs arrivent à la conclusion qu'une plus grande mixité des élèves au regard de leur genre ainsi que de leur origine sociale et ethnique influence positivement la réussite de tous les élèves. Ainsi, les élèves qui sont plus à risque d'échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique bénéficient significativement de la présence d'élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. »
Ensuite, selon Marc St-Pierre (chargé d'enseignement en administration scolaire, Université du Québec en Outaouais et consultant en éducation):
Le Québec, qui s’est si bien démarqué aux derniers tests PISA, malgré son 1er rang canadien en mathématiques chez les jeunes de 15 ans, est, avec l’Alberta, la province canadienne où les écarts de réussite sont les plus grands en fonction du statut socioéconomique, là aussi où il y a la plus faible proportion d’élèves jugés « résilients », c’est-à-dire ces jeunes qui font mentir les probabilités en réussissant contre toute attente.
Le Québec partage donc avec l’Alberta conservatrice la palme du système d’éducation le moins équitable au Canada. Alors que nous sommes premiers de classe en mathématiques au pays, nous sommes en fait les derniers au Canada pour ce qui concerne nos élèves les plus vulnérables. Alors que nos élèves les plus forts réussissent en général mieux que les autres élèves « forts du Canada », nos élèves « faibles » sont plus faibles que leurs collègues canadiens…On est loin du rêve d’équité et de la promesse d’offrir à chacun la meilleure éducation possible. On est plutôt dans une espèce de logique qui voudrait que chaque enfant ait droit à une éducation meilleure…que celle des autres !
Enfin, Mauricio Segura (L'actualité, 2014) affirme à propos de la Finlande qui attire chaque année une cinquantaine de délégations étrangères :
Elles s’y rendent parce que, depuis 2000, ce pays de 5,3 millions d’habitants est le premier de classe en Occident dans l’enseignement au primaire et au secondaire, selon le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans en mathématiques, sciences et lecture (connu sous le nom de PISA).
Or, la Finlande a aboli les écoles privées dans les années 1970. « Si vous permettez l’existence de l’école privée, vous ne pouvez garantir l’égalité des chances, principe qui tient à cœur aux Finlandais et qui sous-tend tout notre système d’éducation », estime Pasi Sahlberg (cadre au ministère de l’Éducation et de la Culture, ambassadeur international du système d’éducation finlandais et auteur de l’essai Finnish Lessons : What Can the World Learn From Educational Change in Finland ?)
Intéressant, n’est-ce pas ?
À titre de président et directeur général de l’Institut scientifique national d'éducation publique, je pourrais aussi écrire de beaux textes d’opinion … Il suffirait seulement qu’un journal m’offre un espace publicitaire propice à la diffusion de ma propagande.

mardi 19 janvier 2016

Les bienfaits de la concurrence en éducation

Pour la première fois depuis la création de mon blogue, je vous propose un article d'une autre personne. J'aurais bien aimé écrire ce texte. Il représente exactement ce que je pense de notre système d'éducation. En fait, il s'agit d'un article rédigé par Marc St-Pierre, chargé d'enseignement en administration scolaire à l'Université du Québec en Outaouais. À lire et à relire ...

Note : pour le lecteur qui désire poursuivre la réflexion, je vous suggère un complément tiré du journal Le Devoir. Il s'agit de l'article intitulé Freitag ou la nécessaire critique de l'école-marchandise

Notre système scolaire crée de l'échec
 
La concurrence en éducation est utile et donne de bons résultats, car elle pousse l'école publique à innover et à s'améliorer, en plus d'élargir les choix offerts aux parents, nous rappellent certains chroniqueurs. Mais pourquoi alors le Québec, champion canadien de l'école privée, n'affiche-t-il pas les meilleurs taux de diplomation au Canada? Pourquoi les écoles publiques de l'île de Montréal ne sont-elles pas les plus performantes au Québec puisqu'elles bénéficient d'une saine émulation avec l'école privée?

Peut-être parce que la concurrence en éducation n'est pas une bonne idée. Peut-être parce que l'émergence d'un marché de l'éducation crée plus de problèmes qu'il n'apporte de solutions; qu'il a des effets délétères sur la réussite au Québec parce qu'il creuse les écarts entre les élèves en fonction du lieu où ils vivent et des revenus de leurs parents.
 
Le déficit éducatif au Québec n'est pas conjoncturel, mais structurel. La concurrence entre les établissements et l'école privée rendue abordable grâce à un généreux financement ont favorisé le développement d'un réseau parallèle d'éducation et l'émergence au public de projets particuliers souvent sélectifs, parfois même à leur propre insu. Pour preuve, les élèves en difficulté ou issus de milieux défavorisés y sont généralement sous-représentés. Tout cela tire vers le bas les résultats scolaires et hypothèque l'avenir de ceux qui comptent parmi les plus vulnérables de notre société.
 
Notre système crée de l'échec et mine ses propres efforts, comme un quasi-noyé qui se tire vers le fond du lac en se débattant pour rester en surface. Avec les efforts et ressources consentis depuis 10 ans dans un «marché de l'éducation» qui aurait été comparable à celui de l'Ontario, nous aurions de bien meilleurs résultats. Aveuglés par la peur du nivellement par le bas, nous tirons vers le haut les plus favorisés, et vers le bas ceux qui le sont moins.
 
Je fais le constat amer que la volonté politique nécessaire pour changer cela n'existe pas. L'école publique est à risque et condamnée à une autre de ces réformes coûteuses qui papillonnera en périphérie des problèmes. Dans l'euphorie des grands changements, nos dirigeants se soulageront la conscience. On est loin de cette école que Camille Laurin aurait voulue communautaire, autonome et responsable. Pourtant, pour peu que nos politiques publiques en éducation s'appuient sur des données et des preuves vérifiées empiriquement, l'espoir pourrait renaître et le dialogue s'établir.
 
Si nos programmes d'études, la formation de nos maîtres, la façon dont on enseigne et on éduque prenaient appui sur des approches dont les effets ont été vérifiés, mesurés; si nos enseignants prenaient acte de ces connaissances et y assoyaient leur autorité et leur autonomie professionnelle, alors il y aurait une lumière au bout du tunnel. Faire réussir tous les élèves serait une incontournable responsabilité sociale portée par tous.
 
J'en suis là: rêver d'un système d'éducation à l'épreuve des ministres, des intérêts particuliers, des colporteurs de légendes pédagogiques et des petits journaux qui carburent à l'indignation, exacerbant le mépris de l'école publique et contribuant à l'exode vers le privé. Je rêve d'un gouvernement des sages en éducation, qui tirerait sa légitimité des avis éclairés et neutres d'un institut scientifique national d'éducation publique, indépendant et à l'abri des interférences politiques.
 
Je rêve pour tous les enfants du Québec d'une école publique, inclusive, communautaire où tous auraient droit gratuitement à la meilleure éducation possible, dans les meilleures conditions, toutes origines, conditions sociales ou personnelles confondues.
 
 
 

mardi 12 janvier 2016

La marchandisation de l'éducation

La valorisation de la profession (5)
La valorisation de la profession passera nécessairement par une plus grande valorisation de l'école. Comment ? Il s'agit d'un sujet complexe ...  Aujourd'hui, je vous propose un texte que j'ai écrit sur la marchandisation de l'éducation. Il me servira de préambule à l'ensemble de ma réflexion à propos de la valorisation de l'école.
Note au lecteur : au moment de l'écriture de l'article, M. Yves Bolduc était ministre de l'Éducation. Néanmoins, la même réflexion s'impose avec le ministre Blais.

mardi 15 décembre 2015

Fond de grève ou fond d'appui à la manifestation ?


Je suis un membre du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec (SERQ). Depuis quelques semaines, je chante joyeusement un air connu modifié : SO SO SO Solidarité ! SO SO SO Sonne faux !
En effet, lors du vote de grève à l’automne, le SERQ était fier d’annoncer qu’il détenait une somme appelée un fond de grève. J’ignore pour vous, mais pour le cotisant que je suis, j’aimais croire qu’un tel fond permettait d’aider les travailleurs subissant une perte de salaire. Un dédommagement à même ma contribution afin de combler ma coupure salariale. Erreur ! En fait, il s’agit plutôt d’un fond de manifestation. La prémisse est la suivante : les syndiqués sur la ligne de piquetage méritent des dollars. En découle alors le  principe suivant : la participation à ladite ligne donne le droit à un chèque. Vous voulez un retour sur votre cotisation au fond de grève ? Vous devez être présent à la manifestation. À cet égard, les questions suivantes s’avèrent pertinentes : est-ce que tous les enseignants participants méritent la fameuse compensation ? Pourquoi encourager spécifiquement ce moyen de pression ? Bref, cette façon de faire me semble néfaste à plusieurs égards :
 

Suspicion sur les lignes de piquetage : certains membres ayant voté contre la grève se retrouvent sur les lieux afin d’empocher leur chèque. Les dollars avant la cause.
 

Manque de motivation réelle : certains membres en faveur de la grève, mais peu enclins à manifester viennent faire du temps. Ils regardent leur montre et s’assurent de ne pas fournir un effort supplémentaire. En enseignement, on parle du minutage de la tâche. Les effets pervers des lubies patronales sont maintenant bien ancrés chez certains syndiqués. Temps travaillé égal temps payé.
 

Amplification du cynisme envers les syndiqués : il est facile de nourrir le mépris de la population à l’égard du mouvement. L’image projetée est celle d’un syndicat qui tente de gonfler artificiellement ses effectifs lors des manifestations.
 

Iniquité : certaines personnes en faveur de la grève et prêtent à manifester ne peuvent participer, et ce, pour d’excellentes raisons. Elles sont ainsi privées d’un revenu malgré leur conviction.
 

Impartialité douteuse : tous les travailleurs ont cotisé à ce fond. Cet argent leur appartient et devrait être une compensation financière en réponse aux coupures de salaire en raison de la grève.
 

La hiérarchisation de la valeur du geste posé par un membre m’apparaît comme une façon très subjective de compenser celui-ci. Est-ce que tous les enseignants sur la ligne de piquetage participent à l’ensemble des moyens de pression ? Il est facile de pousser l’absurdité de cette logique d’un fond d’appui à la manifestation. J’ai porté mon chandail noir à tous les mardis. Est-ce que cela vaut 1 $ par jour ? J’ai respecté l’opération récré prolongée, la semaine de 32 heures, etc. Je mérite quoi ? Une ristourne de 1 % ?
 

La légalité et la moralité d’une action ne vont pas forcément de pair. Il suffit de penser à la décision d'Yves Bolduc d'empocher son allocation de transition de 150 000 $. On pourrait aussi se remémorer l’indemnité de départ de 560 000 $ remise à Thierry Vandal. J’ai toujours pensé qu’un syndicat devait se situer un peu à gauche. Dans le cas présent, force est de constater que le mien se retrouve légèrement à droite.

lundi 7 décembre 2015

La formation continue et l'autonomie professionnelle : capsule pédagogique

La valorisation de la profession (4)

Cette capsule se veut la suite des publications suivantes :
Étape 1 - le cégep et la cote R (15 octobre)
Étape 2 - la formation universitaire (22 octobre)
Étape 3 - la carrière : la pédagogie (24 novembre)

Aujourd'hui, j'explore la formation continue comme outil de valorisation de la profession.
L'enseignant devrait être un apprenant permanent. Est-ce le cas ?
 

lundi 30 novembre 2015

Et si le moyen de pression parfait existait ? (capsule non pédagogique)

Cette semaine, changement de programme ! L'annonce d'une autre possible journée de grève le 9 décembre mérite mon attention. J'ai donc décidé de chercher le moyen de pression parfait en ayant en tête cette citation : Il serait « maladroit » de réinvestir dès maintenant dans le soutien aux élèves en difficulté, compte tenu du contexte budgétaire actuel, selon le ministre de l'Éducation, François Blais.
(ICI Radio-Canada)
Ma source d'inspiration lors de la création de cette capsule non pédagogique fut le thème utilisé lors d'une campagne publicitaire de la Ligue Nationale de Hockey :
History will be made


 


 
 
 

mardi 24 novembre 2015

Vous avez dit SCIENCES de l'éducation ? (capsule pédagogique)

La valorisation de la profession (3)
 
Je vous propose la suite des publications du 15 et du 22 octobre. Il s'agit de l'étape 3 de la vie d'un enseignant : sa carrière. Comment pouvons-nous valoriser la profession lors de cette période ?
Cette étape étant la plus importante, elle fera l'objet de quelques chroniques. Aujourd'hui, je discuterai de pédagogie. En lien avec ma capsule, je vous suggère ce texte de Normand Baillargeon :
 
 
Note :
Dans le cas du livre de John Hattie, Visible Learning, j'utilise l'expression méta-analyse. En fait, le terme méga-analyse est probablement plus approprié, car Hattie utilise plus de 800 méta-analyses. Ce livre est une synthèse de plus de 50 000 études portant sur plus de 80 millions d'élèves. 










 
 
 



jeudi 12 novembre 2015

Le nombre d'élèves par groupe : capsule pédagogique

Aujourd'hui, une capsule pédagogique interdisciplinaire.
En guise de complément, je vous suggère la lecture de l'excellent texte de Francis Vailles, chroniqueur à La Presse :







samedi 7 novembre 2015

Le gagnant et le perdant

J'ai reçu des commentaires positifs quant à la morale de mon histoire d'Halloween. Cela m'a remémoré quelques épisodes de mon adolescence. En effet, il y a des messages qui nous marquent à cette période de notre vie. Des paroles qui nous accompagnent longtemps.
 
À une lointaine époque où je jouais au hockey, notre entraîneur avait décidé de nous motiver. Pour ce faire, il avait remis un petit bout de papier avec une note personnalisée à chacun des joueurs. En dépliant soigneusement le mien, je me rappelle encore cette phrase : Lorsque notre façon de penser est positive, le résultat de nos efforts est positif aussi. J'ai conservé le fameux bout de papier pendant plusieurs saisons de hockey. En fait, jusqu'au jour où je me suis rendu compte que cette maxime n'était pas forcément vraie.
 
J'ai également l'agréable souvenir d'un enseignant qui m'a expliqué le rôle des aptitudes et de l'attitude. Il me disait le plus sérieusement du monde que nous pouvions nous identifier à quatre catégories d'individus. Qu'il était possible de classer les athlètes, les artistes, les élèves ou les travailleurs à l'aide d'une méthode simple. J'ai encore son tableau gravé en mémoire :
 
 
1
2
3
4
Attitude (1)
+
-
+
-
Aptitude (2)
+
+
-
-
(1) Attitude : manière de se comporter (2) Aptitude : habileté
 
Il définissait ses groupes ainsi : 
1- La réussite, voire l'excellence.
2- Tu sous-exploites ton potentiel. Tu veux devenir un gagnant ? Change d'attitude !
3- Le groupe frustrant. Reste positif. Fais les efforts nécessaires. Seule la persévérance te mènera peut-être là où tu veux.
4- L'échec.
 
Cet enseignant m'avait demandé de me situer dans son classement. Je crois qu'il voulait que je change d'attitude... C'est à l'âge de 18 ans que j'ai compris réellement le sens du mot attitude. La différence qu'elle engendre dans plusieurs sphères de notre existence. Je dois cette illumination à un autre entraîneur de hockey. Il voulait qu'on devienne des gagnants. Pas juste sur la patinoire, mais aussi dans la vie. Je me souviens de l'un de ses discours. Il nous avait lu dix réflexions sur le gagnant et le perdant :
 
Quand un gagnant commet une erreur, il dit : " Je me suis trompé."
Quand un perdant commet la même erreur, il dit : " Ce n'était pas de ma faute. "
 
Un gagnant donne crédit à la chance, même si ce ne fut pas de la chance.
Un perdant blâme la malchance même si ce n'est pas le cas.
 
Un gagnant travaille plus fort qu'un perdant et a du temps libre.
Un perdant est toujours trop occupé pour faire ce qui est nécessaire.
 
Un gagnant fait face à un problème.
Un perdant s'esquive et ne le résout jamais.
 
Un gagnant démontre qu'il est peiné et compense à la première occasion.
Un perdant dit qu'il est peiné, mais commet la même erreur la fois suivante.
 
Un gagnant sait pourquoi se battre et quand céder à un compromis.
Un perdant cède à un compromis quand il ne faut pas le faire et se bat pour quelque chose qui n'en vaut pas la peine.
 
Un gagnant dit : " Je suis bon, mais pas aussi bon que je devrais l'être. "
Un perdant dit : " Je ne suis pas aussi mauvais que bien d'autres gens. "
 
Un gagnant préfère être admiré plutôt qu'aimé, même s'il préférerait les deux.
Un perdant aimerait mieux être aimé qu'admiré et est même prêt à accepter un peu de mépris pour ce faire.
 
Un gagnant respecte ses supérieurs et tente d'apprendre d'eux.
Un perdant est jaloux de ses supérieurs et tente constamment de les déprécier.
 
Un gagnant se sent responsable pour plus que son emploi même.
Un perdant se contente de dire : " Moi, je ne suis qu'un employé ici. "
 
Selon sa version de l'histoire, il s'agissait d'un message qu'il avait entendu de la part du grand Jean Béliveau. Après 25 ans de lecture et de relecture, je trouve encore ce texte très approprié. Il est même affiché sur le mur de ma classe. C'est à cause du petit bout de papier de mon adolescence. Ma façon de penser reste positive... Je m'imagine vivre un jour dans une société de gagnants.
 
 
 

samedi 31 octobre 2015

Histoire d'Halloween

Je dois dire que l’ampleur du délire médiatique en lien avec l’annulation des activités d’Halloween dans certaines écoles m’a décontenancé. Je me suis dit sarcastiquement que je devais faire quelque chose afin d’apporter un peu de bonheur aux enfants. En ce beau samedi du 31 octobre, je vous propose une histoire de circonstance. Joyeuse Halloween !

« Il y a très longtemps, dans le royaume d’elocé euqilbup, vivait le roi Parent. C’était un endroit merveilleux où les licornes gambadaient joyeusement. Les enfants riaient et jouaient toute la journée. Tous étaient aux anges jusqu’au jour où le ciel s’obscurcit. Les forces du mal voulaient s’emparer des âmes fragiles. Le Diable lui-même avait engagé une bande de vampires dans le but de siphonner tout le bien de ce territoire idyllique. Le temps était compté.

Mis au courant des rumeurs d’attaque, le roi alla voir son conseiller le plus fiable, le Bonhomme Sept Heures. Dans sa grande sagesse habituelle, celui-ci expliqua au roi qu’il fallait rester calme, que tout allait bien. Que quelques fous tentaient d’instrumentaliser une vieille légende. Qu’il serait maladroit d’engager le combat en ce moment. Que faire ? La patience est la mère de toutes les vertus se dit le pauvre roi. Malheureusement, il ne se doutait point que son conseiller avait vendu son âme au Diable. Ce fut ainsi que l’attaque se prépara en catimini.

Un soir de pleine lune, la horde déchaînée déploya son plan machiavélique : attaquer le bien le plus précieux du royaume… Plusieurs enfants furent alors transformés en créatures des ténèbres. Les dyslexiques, dyscalculiques, dysorthographiques, dysphasiques, dyspraxiques et TSA devinrent des momies. Les TDA et TDAH se métamorphosèrent en zombies. Ceux qui ne mangeaient pas à leur faim se transformèrent en squelettes et ceux qui éprouvaient une grande solitude se changèrent en fantômes. Enfin, les troubles du comportement furent condamnés à être des loups-garous. Les sorciers du royaume se rassemblèrent dans l’espoir de trouver une potion magique pour guérir les damnés. Rien à faire. L’ennemi contrôlait le territoire. Le mal progressait.

Contre toute attente, le gourou elppa fit irruption au château. Il connaissait la prophétie et vint remettre au roi une tablette sacrée où il était écrit : Le bien triomphera lorsque l’élu du roi fera le judicieux choix. Sans hésiter, le roi confia cette mission à son fils ainé Gâté. À toute hâte, il quitta sur sa monture Caprice vers la vallée des rêves brisés. Il trouva un mage qui lui posa cette énigme : l’œuf ou l’enveloppe ? Perplexe à l’idée de ne pouvoir choisir les deux, Gâté réfléchit longuement et saisi l’œuf. De retour au palais, il s’empressa d’offrir le fruit de sa quête à son père. Le roi ouvrit l’œuf. Et la lumière fut ! Il y découvrit un superbe costume de monstre et un sac plein de jujubes enchantés. Tout était maintenant clair. Aussitôt, le roi ordonna à son fils de se déguiser en petit monstre et d’infiltrer le groupe des enfants transformés en créatures des ténèbres. Il lui suffisait alors de distribuer les jujubes enchantés afin de rompre le sortilège. C’est ce qu’il fit, mais sans succès. Gâté avait fait le mauvais choix ! Depuis ce jour, les enfants perdus errent sur le territoire d’elocé euqilbup. Ils sont le symbole d’une nation qui les a laissé tomber… Histoire de rappeler au peuple que la force d’un royaume repose sur ses priorités. »
 
La morale de l’histoire :

Un gagnant sait pourquoi se battre et quand céder à un compromis.

Un perdant cède à un compromis quand il ne faut pas le faire et se bat pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine.