vendredi 26 juin 2026

Les cours d'été, ça sert à quoi ?

Bonjour à tous,

À la suite de ma publication du 23 juin dernier, j'ai échangé sur ma page FB à propos des cours d'été. 

Voici une question d'un lecteur qui m'a forcé à préciser ma pensée. Je vous laisse ici l'échange : 

QJe comprends le malaise. Dans le contexte actuel, pourquoi penses-tu que le CSS (ou les CSS) optent pour cette solution plutôt que pour l'embauche / utilisation des enseignants déjà à son emploi? Est-ce qu'ils ne réussissent plus à en recruter ou est-ce qu'ils économisent ainsi?

RAvec des ressources humaines et financières limitées, les CSS doivent faire des choix. Plusieurs CSS décident donc de refiler la facture des cours d'été aux parents. Comme le mentionne Isabelle Trempe, certains CSS exigent un seuil minimal afin de s'inscrire aux cours. D'autres non. Tu comprendras qu'à 450 $/cours, il y a donc une forte sélection par le portefeuille. Imagine l'élève qui peut ou qui doit s'inscrire à deux cours ! 

On peut aussi supposer que la sous-traitance des cours d'été résultera à une hausse des coûts dans les prochaines années... 

Toutefois, mon questionnement va beaucoup plus loin. Pourquoi tant d'élèves sont en échec ? J'oserais même ajouter : pourquoi tant d'élèves sont en échec malgré la baisse de nos exigences ? Est-ce que le tableau de bord du ministre Drainville ne pourrait pas nous fournir des chiffres en lien avec les cours d'été ? Malgré une réussite à un cours d'été, est-ce que l'on peut affirmer que le cours en question a été efficace pour le jeune ? Est-ce qu'un cours d'été est la solution pour combler les déficits d'un jeune ? Je crois sincèrement que non. La grande majorité du temps, je vois des élèves qui ont encore les mêmes grandes lacunes. Mes collègues pourraient sûrement en témoigner eux aussi. C'est comme si on pensait qu'un cours d'été était une pilule miracle qui règle, comme par magie, l'apprentissage des notions dans une matière donnée. 

Comment peut-on vraiment aider un jeune pendant les 10 mois d'école ? Comment consolider les acquis pour l'année suivante ? Quelles sont les approches à privilégier pour nos jeunes en difficulté ? Est-ce que l'on devrait offrir davantage de tutorat ? Est-ce que certains services, comme l'orthopédagogie, sont sous-exploités pour diverses raisons ? Est-ce que des élèves sont assis sur la mauvaise chaise pendant l'année ? 

Et on pourrait continuer longuement la discussion en posant d'autres questions, en discutant, en cherchant des explications et en proposant quelques pistes de solution. 

Une chose est certaine : nous sommes engagés sur la mauvaise voie ! 

Sur une autre note, ça me rappelle un texte écrit au JDM en 2017 et intitulé "Passage à 58% : le réveil des martiens" (lien ici). J'y parle de modération des résultats par le ministère, du tripotage de notes au secondaire et du passage d'un niveau à l'autre malgré un échec. 

Extrait de la dernière partie de la chronique : 

"Pour les martiens parmi nous, je dois vous avouer qu’il y a encore pire.

Saviez-vous que les élèves passent d’un niveau à l’autre avec un ou des échecs dans certaines matières ? Nul besoin de trafiquer les notes.
Le petit Sylvain a 57 % en math de 6e année ? Il poursuivra ses apprentissages dans la classe de 1re secondaire de M. Dancause et il aura probablement 51 %. Il poursuivra ensuite sa route vers un autre échec retentissant en 2e secondaire.
Des histoires comme ça, les profs pourraient vous en conter des milliers. Du début du primaire jusqu’au secondaire.
Il faut savoir que selon la recherche et le ministère, au primaire et au premier cycle du secondaire, il ne devrait pas y avoir de redoublement. En effet, les conséquences négatives pour l’élève seraient supérieures aux bénéfices qu’il en retire.
Bref, l’évaluation, c’est beaucoup plus qu’une simple note sur un bulletin.
L'évaluation vise principalement à soutenir la progression de l’élève : elle représente une aide à l’apprentissage. Ainsi, l’enseignant pourra ajuster ses interventions en conséquence.
L’évaluation vise aussi à rendre compte du développement des compétences pour établir le bilan des apprentissages. À partir de ce dernier, il sera possible de déterminer ce qui convient à l’élève : parcours adapté à ses besoins, nécessité de mesures de soutien spécifiques, ajustement du plan d’intervention, etc. (Politique d'évaluation des apprentissages du Québec)
De par la nature de son travail, l’enseignant souhaite mettre tout en œuvre afin d’aider rapidement et efficacement les élèves en difficulté. Par contre, impossible d’y arriver seul.
L’enseignant doit faire partie d’une équipe interdisciplinaire au service de la réussite. Il a besoin du support et de l’expertise des professionnels et du personnel de soutien concernés par la situation d’un élève (orthophoniste, orthopédagogue, TES, etc.).
Dans l’expression « l’évaluation au service de l’élève », il y a le « au service » qui devrait orienter nos actions.
Dans le cas de notre équipe au service de l’élève, on peut dire qu’elle a été décimée par les coupures. L’élève en difficulté d’une classe « régulière » est souvent laissé à lui-même. L’intervention interdisciplinaire précoce et adéquate est l’exception plutôt que la norme.
Le problème n’est pas le fait de poursuivre malgré un échec. Le problème est que notre système scolaire crée de l’échec à répétition.
Il est là, le véritable drame, mes amis martiens."

mardi 23 juin 2026

Ta carte de crédit doit obtenir la note de passage

Bonjour à tous,

Le 2 mai dernier, je publiais une nouvelle à l’effet que le CSS des Premières-Seigneuries s'associait avec l'école privée virtuelle ÉtudeSecours pour l’été 2026.
À la suite de cette publication, deux faits m’ont marqué :
1) L’algorithme de Meta m’a inondé de publicités de diverses entreprises – dont plusieurs que je ne connaissais pas – qui se font un devoir de monnayer l’échec, l’anxiété des parents ou encore celui des enfants ;
2) La journaliste Daphnée Dion-Viens a dévoilé une perle sur le site de R-C : certaines écoles publiques ont maintenant recours à une entreprise privée pour offrir des cours en ligne à des élèves pendant l’année scolaire en raison notamment de la pénurie d’enseignants (lien vers le texte).
En lien avec ce partenariat public-privé pour les cours d’été, le CSS de mes enfants a choisi soigneusement ses mots afin de nous vendre l’idée de cette nouvelle normalité:
« Au terme de cette présente année scolaire, il se peut que votre enfant ait besoin de faire un cours d’été, un cours préparatoire ou une reprise d’épreuve. Depuis janvier 2026, nous travaillons en étroite collaboration avec Études secours, organisme scolaire accrédité qui offre des cours en ligne de façon synchrone. En avril dernier, vous avez donc reçu l’offre de services de notre part. »
Vous remarquerez - et ce n’est pas le fruit du hasard – que le CSS utilise le mot « organisme scolaire » plutôt que l’expression « école privée ».
Cette offre de services consiste, grosso modo, en des cours d’été au même coût que l’an dernier, soit 450 $/cours (cependant, il y aura environ 20 heures de cours en moins). De plus, l’élève peut s’inscrire à 2 cours, soit un en AM et un en PM.
Mais ce n’est pas tout.
Il y a une autre GRANDE nouveauté : peu importe ses résultats pendant l’année, l’élève peut s’inscrire aux cours d’été.
Vous avez bien lu.
Pour ta réussite scolaire, l’important, c’est que ta carte de crédit obtienne la note de passage.
À tort ou à raison, certains parlent des cours d’été comme de l’école Poudlard ou encore du département des miracles.
Mais.
Pourquoi tant d’élèves ont besoin de cours d’été ? Comment aider les élèves qui proviennent de milieux à faible revenu ? Comment « sauver » les élèves pendant l’année scolaire ?
Peu importe les réponses à nos questions, il n’en demeure pas moins que les cours d’été sont une source profonde d’iniquité.
Et ces nouvelles « procédures », dans plusieurs CSS de la province, ne viennent en rien corriger cette injustice.